Les carnets du corps et de l’incarnation
“Je suis un mur, et mes seins sont comme des tours ; aussi suis-je devenue à ses yeux celle qui trouve la paix.” Cantique des cantiques (8:10)
Du cosmos au corps
Dans la vision kabbalistique, il est dit qu’au commencement, la lumière divine, infinie et parfaite, fut projetée dans des vases. Ceux-ci ne purent contenir une telle intensité et se brisèrent.
La tradition nomme cette rupture primordiale : la Brisure des vases — Shevirat haKélim.
Une part de cette lumière resta retenue dans des écorces — les klippot.
Cette dispersion ne relève pas seulement d’un récit cosmique ;
elle se reflète dans le corps et la conscience, où la présence prend forme et se structure.
Dans cette incarnation se manifeste une dimension essentielle, qui habite la matière, soutient la vie et traverse le corps.
La Kabbale la nomme Shekinah : la présence divine féminine.
Abaissée, entravée, elle appelle un mouvement de réparation.
Les rituels corporels deviennent alors des gestes de Tikkoun — soutenant la réélévation de la polarité féminine.
Ce mouvement s’ancre dans le corps et la psyché, là où se déposent les empreintes.
En rétablissant la souveraineté du corps féminin, le geste agit sur les schémas, les conditionnements et les mémoires. Il ouvre et maintient le flux vital, reliant l’énergie divine à la vie incarnée.
Dans cette nouvelle architecture du corps et de la perception, la polarité féminine se révèle en une force structurante.

