Un monde en soi
Ce carnet s’inspire de la pièce de théâtre Molly de Brian Friel, mise en scène par Laurent Terzieff en 2005 au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse. Aveugle depuis l’enfance, Molly traverse la vie avec un monde intérieur riche et subtil, qu’elle doit réapprendre à relier au monde extérieur après qu’on lui rende la vue. Ce rituel s’inspire de sa capacité à habiter un espace intérieur, à écouter et sentir avant de voir.
Rituel de Molly
Debout ou allongé.e, les yeux clos, laisse l’image connue se dissoudre lentement.
Visualise les épaules, la nuque, les trapèzes, comme les colonnes d’un lieu ancien. Puis approche du visage, comme l’on franchit un portail.
Abandonne l’apparence. Laisse émerger un relief, un creux. Chaque contour porte une lettre cachée.
Ton visage n’est pas une surface. Il devient une écriture.
Derrière le front : un espace. La lumière y circule : douce, voilée comme une présence dont tu ne connais pas encore le Nom. Détends les mâchoires en trois temps. Relâche la langue. Entrouvre la bouche. Ouvre la porte du silence.
Avec la pulpe de tes doigts, trace très légèrement sur ton visage des dessins, cercles délicats, comme si tu dansais avec un alphabet invisible. Laisse fondre la tête dans l’espace. Ton visage devient un sanctuaire. Non celui que l’on regarde, mais celui où l’on entre.

